Présentation générale :

Les racines du Blues sont en Afrique mais il est né dans les plantations du Sud des Etats-Unis au XIXe siècle, avec les esclaves qui exprimaient leur mal de vivre, leur misère en chantant. C'est l'époque des "Work Songs" et des "Hollers". Chaque chanson a son thème comme une petite chronique sur un évènement ou un état d'esprit (pauvreté, exploitation, chômage, alcool, prison, amour, jeu, train...) exprimé avec humour et mélancolie, métaphore et lucidité inscrivant ainsi dans l’universel la joie et le malheur, l’espoir et la souffrance d’un groupe d’individus, et lui donnant statut. L'instrument de prédilection est l'harmonica à qui s'ajoutent la guitare et le "bottleneck".

Le 1er disque de Blues est gravé en 1920. Quelques années plus tard apparaît le "Boogie", un Blues bien plus rythmé et dansant, qui vient des "Juke Joint" du sud.

Le Blues envahi les villes et se modernise dans les années 30, après la Grande Crise de 1929 et la migration des noirs vers le Nord. C'est à cette époque que Chicago devient LA capitale du Blues et le restera jusqu'à la fin de la 2ème Guerre Mondiale.

Le Blues connaît une longue période difficile avec l'apparition du R'N'B' ("Rythm And Blues"), de la Country et du Rock n'Roll. Dans un 1er temps, il se déplace vers l'Ouest et un grand nombre de musiciens s'expatrient en Europe, notamment en France.

Au 21ème siècle, le Blues est toujours là, que se soit le long de la Route 61 (figure ci-conte), correspondant à la migration de la population noire et en particulier des bluesmen des états ruraux du sud vers les grandes villes industrielles du nord, fuyant misère et ségrégation, ou dans le reste du monde...

Définition :

Descendant de l’art du griot, du conteur d’Afrique, évoquant la figure du trobar , le troubadour de la Provence des XIIe et XIIIe siècles, le blues est là dès que le Noir se parle à lui-même, mais il ne pouvait trouver sa forme et son espace qu’à partir de l’identité de ses inventeurs. Esclave, le Noir est sans nom, ne s’appartient pas. Libre, et bien que sa condition n’en soit souvent nullement améliorée, il peut chanter en son nom, chanteur qui exprime un groupe dont il est en même temps l’expression. Ainsi peut-il raconter son histoire et l’histoire de son peuple, créer mythes et poèmes, dire ce qu’il vit, et parler d’amour, l’amour de la femme comme celui de la langue, amour gourmand dont dépend l’humour. Car le blues, enfanté dans la douleur, ne peut exister que dans la liberté du sujet.

L’origine du mot lui-même est indécise (to be blue , broyer du noir, ou blue devils , improbables lutins ou feux follets venus d’une ballade irlandaise) et lointaine (début du XIXe s.), tandis que ses acceptions sont aussi variées qu’imbriquées.

Terme générique qui caractérise et recouvre une forme capitale de la musique américaine, elle-même définie par des critères musicaux, historiques, psychologiques, sociologiques... qui la contiennent mais qu’elle ne cesse d’excéder, le blues se définit comme une sensation, un sentiment de soi habituellement traduit par cafard, passé dans ce sens dans la langue (« j’ai le blues »), et auquel correspond assez bien le spleen des poètes (Vigny, Baudelaire). Il est ainsi une sensibilité, une émotion expressive (feeling ) qui passent dans le jeu, dans le chant, et sans lesquelles il ne se passe rien. Et il est l’impalpable densité qui donne corps à la musique, transcende les styles et les races et rend accessible à tous ce qu’il raconte.

Il est donc un texte, tissé de la mémoire d’un peuple, de ses légendes et de sa vie quotidienne, blues que hante la femme et que traversent, du spirituel au trivial, de l’obscène au sublime, le charançon du coton et le contremaître sans pitié, les pénitenciers et les inondations, la mule fatiguée et les chiens dressés pour la chasse au nègre, les incendies et les voyages, l’alcool et la maladie, les jeux, les juges et les shérifs, la prison et la sécheresse, les fleuves, le feu et le ciel, la guerre, la boxe et les présidents des États-Unis... Conteurs, chanteurs et musiciens ont constitué une tradition orale dont ils ont assuré la transmission dans une improvisation constante.

Par sa répétition infinie, l’homme s’interroge sur lui-même dans cet état d’âme, d’esprit et d’humour que créent le doute de soi et la proximité sue, connue de la mort. Catharsis, le blues s’en fait la résolution, projetant avec les moyens du bord une vision du monde, une philosophie qui le rend au moins provisoirement possible et qui inscrit la solitude dans l’universel. Langue vernaculaire, qui parle l’opacité et l’invisibilité du corps noir, en exhibe et en cache (double entendre ) la sexualité, sa création fut une forme de survie, sublimation par laquelle ses créateurs se sont imposés dans la culture de notre monde, tandis qu’il reste le seul lieu d’identité du Noir américain.

 


 
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Night in Tunisiana 2006

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